Les signes que l’on minimise, et depuis combien de temps
Ce ne sont jamais de grands symptômes. Ce sont de petites choses qui se sont installées sans bruit. La bonne question n’est pas « est-ce grave », c’est « depuis quand ».
Vous faites la liste,
puis vous l’effacez
Vous vous réveillez à quatre heures et vous ne vous rendormez pas. Vous vous êtes énervé hier soir pour une histoire de vaisselle, et vous vous en voulez encore. Vous avez annulé deux sorties ce mois-ci, en trouvant à chaque fois une bonne raison. Vous buvez un verre en rentrant, parfois deux, et cela s’appelle décompresser.
Le samedi, vous dormez jusqu’à midi et vous vous levez fatigué quand même. Vous répondez « ça va » sans y penser. Puis vient la phrase qui range tout : il y a bien pire que moi. Un collègue en arrêt depuis six mois. Une amie qui vient de perdre son père. Vous, vous vous levez, vous travaillez, vous tenez.
Alors la liste se referme. Elle rouvrira dans quelques semaines, avec une ligne de plus.
Un signe qui se répète depuis des mois n’est pas un petit signe. C’est un signe ancien.
Pourquoi ces signes
passent inaperçus
Un signe ne se remarque pas quand il arrive. Il se remarque quand on le compare à avant. Or l’installation est lente, et le point de comparaison se déplace en même temps que vous. Ce qui était inhabituel il y a un an est devenu votre normale, et votre normale n’étonne plus personne, à commencer par vous.
S’ajoute un critère que beaucoup utilisent sans le dire : je fonctionne encore. Tant que le travail est fait, tant que les enfants sont conduits à l’école, tant que rien ne s’écroule, le reste est classé comme du confort. C’est une erreur de mesure. Tenir demande parfois une énergie considérable, et cette dépense-là ne se voit pas de l’extérieur.
Les cinq signes les plus souvent relativisés
Le sommeil. S’endormir tard parce que l’esprit tourne, se réveiller au milieu de la nuit, se lever déjà fatigué. On l’attribue à l’âge, aux écrans, à la saison. C’est le signe qui bouge le plus tôt, et celui que l’on explique le plus vite.
L’irritabilité. Le ton qui monte pour un détail, l’agacement permanent contre des gens que vous aimez, l’envie que tout le monde vous laisse tranquille. On l’appelle caractère. C’est souvent de la tension accumulée qui cherche une sortie.
L’évitement. Les invitations refusées, les appels que l’on ne rappelle pas, la réunion que l’on repousse, la route que l’on ne prend plus. Chaque renoncement a l’air raisonnable pris isolément. Mis bout à bout, ils dessinent un territoire qui rétrécit.
La fatigue. Celle qui ne cède pas au repos, celle qui rend chaque tâche coûteuse, celle qui vous fait rester assis dans la voiture avant de rentrer. Elle mérite d’abord un avis médical, parce qu’elle a des causes physiques possibles.
La consommation qui augmente. Un verre de plus le soir, des cigarettes qui reviennent, un somnifère qui devient quotidien, des heures d’écran qui remplissent la nuit. Ce qui compte n’est pas la quantité en elle-même, c’est le glissement : plus qu’avant, et pour éteindre quelque chose.
« Il y a pire », la phrase qui empêche de compter
C’est le réflexe le plus courant, et il paraît raisonnable. Il y a toujours pire, c’est vrai, et cette vérité n’a aucune utilité pour vous. Elle ne soigne rien, elle ne change rien à ce que vous portez, elle vous empêche seulement de le regarder.
La comparaison sert à mesurer des grandeurs, pas des vies. Personne ne vous demandera de justifier un seuil de souffrance avant de vous écouter. Le critère utile n’est pas l’intensité, qui se compare, c’est la durée et l’envahissement, qui se constatent : depuis combien de temps, à quelle fréquence, et sur combien de domaines de votre vie.
Poser cette question ne dit pas ce que vous avez. Cela ne pose aucun diagnostic, et ce n’est pas le but. Cela dit simplement qu’il se passe quelque chose depuis assez longtemps pour mériter votre attention.
Un premier appel de dix minutes, pour poser ce que vous avez remarqué.
Prendre rendez-vousDater, avant
de juger
Le travail n’est pas de décider si c’est grave. Il est de reconstituer une chronologie, parce que c’est elle qui manque.
Écrivez les signes, sans commentaire
Une ligne par signe, sans l’excuser et sans le peser. Le sommeil, l’humeur, ce que vous évitez, ce que vous consommez, ce que vous n’avez plus envie de faire.
Cherchez la date de départ
Remontez jusqu’au moment où cela n’existait pas encore. Un déménagement, un poste, une naissance, une rupture, un décès, une opération. Souvent, la date apparaît d’un coup, et elle est plus ancienne que prévu.
Comptez, plutôt que d’estimer
Notez chaque soir deux ou trois repères simples : heure d’endormissement, nombre de réveils, verres bus, sorties annulées.
Passez chez votre médecin
La fatigue, le sommeil et l’humeur ont des causes physiques possibles, et elles se cherchent en premier.
Faites lire votre liste à quelqu’un
Une personne de confiance, ou un professionnel. Dit à voix haute, ce que vous relativisiez depuis des mois change souvent de taille.
Qui regarde quoi,
dans cette liste
Le médecin traitant vient en premier quand le corps est concerné : fatigue durable, sommeil abîmé, poids qui bouge, douleurs. Il écarte ce qui doit l’être et il oriente.
Le psychiatre est médecin. Il pose un diagnostic, peut prescrire et suit les situations où un traitement se discute. On le consulte directement, sans passer par personne.
Le psychothérapeute, dont je fais partie, travaille sur ce qui se répète et sur ce que vous traversez, au fil de séances régulières. Je ne pose pas de diagnostic, je ne prescris rien, et je ne touche jamais à un traitement en cours. Quand une consultation médicale s’impose, je vous le dis.
Pour l’alcool, les médicaments ou toute consommation qui augmente, il existe des consultations spécialisées, notamment dans les hôpitaux publics, où l’on peut aller pour faire le point sans engagement. Les dispositifs et leurs conditions changent : vérifiez ce qui existe près de chez vous à la date où vous lisez ces lignes.
Ce site n’est pas un service d’urgence. Si vous pensez à mettre fin à vos jours, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable à tout moment, ou le 15.
Trois questions
qui reviennent souvent
Si je fonctionne encore, est-ce que cela vaut la peine de consulter ?
À partir de quelle durée faut-il s’en occuper ?
Et si on me dit que j’exagère ?
Clara Bonnefoy, psychothérapeute à Montpellier
Psychothérapie intégrative pour adultes, au cabinet situé au 14 rue de la Providence, 34000 Montpellier. Titre de psychothérapeute, inscrite au registre national des psychothérapeutes sous le numéro à compléter. Je ne suis pas médecin : je ne pose pas de diagnostic et je ne prescris aucun traitement.
En cas de détresse immédiate, ce site ne remplace personne : appelez le 3114 ou le 15.