Savoir si ça avance
Une thérapie ne se mesure pas en séances. Elle ne se mesure pas non plus en semaines, ni en soulagement immédiat. Elle se reconnaît à des changements qui arrivent rarement là où on les attendait.
C’est la question que presque tout le monde finit par se poser, souvent en silence, quelque part après les premiers mois. Cette page dit à quoi je regarde, moi, pour y répondre, et ce que nous faisons ensemble si la réponse est non.
Ce qui change en premier
n’est pas ce que l’on croit
On vient pour une situation, et c’est presque toujours autre chose qui bouge d’abord. Voici l’ordre habituel. Ce n’est pas une règle, c’est une tendance que j’observe.
Le corps, et le sommeil avant tout
Le sommeil est souvent le premier indicateur à bouger. On s’endort un peu moins tard, ou l’on se réveille toujours mais on se rendort. La mâchoire se desserre, l’estomac se calme. Rien de spectaculaire, et c’est pour cela qu’on ne le remarque pas soi-même.
La façon de réagir, pas la situation
Le collègue est toujours le même. La discussion avec votre mère se passe toujours mal. Mais vous mettez deux heures à vous en remettre au lieu de trois jours. Ou vous répondez au lieu de vous taire. Ou vous vous taisez au lieu d’exploser. La situation n’a pas changé, votre place dedans a changé.
Les situations elles-mêmes
Vient un moment où ce sont les circonstances qui se déplacent. On pose une limite, on quitte un poste, on reprend un lien laissé tomber. Ce sont les changements les plus visibles, et presque toujours les derniers.
Si vous attendez que la situation change pour vous dire que la thérapie fonctionne, vous risquez de passer à côté de tout ce qui a déjà bougé.
Votre entourage
le voit souvent avant vous
Vous vivez avec vous-même en continu, sans recul, et ce qui est lent devient normal avant d’être remarqué. Vos proches, eux, vous voient par intervalles, et le contraste leur saute aux yeux.
Il arrive donc qu’un proche vous dise que vous avez l’air plus posé, alors que vous êtes persuadé que rien ne se passe. Prenez cette phrase au sérieux. Ce n’est pas de la politesse, c’est une mesure que vous n’avez pas les moyens de faire vous-même.
Pour vous donner ce recul vous-même : notez en trois lignes, le jour où vous commencez, ce qui ne va pas. Ne les relisez pas avant plusieurs mois. Vous ne comparerez plus un souvenir, vous comparerez un texte.
Ça n’avance pas
en ligne droite
On imagine une pente régulière, un peu mieux chaque semaine. Ce n’est presque jamais ainsi. Il y a des semaines creuses, des séances où l’on repart avec le sentiment d’avoir tourné en rond, des retours en arrière qui donnent l’impression d’avoir tout perdu.
Ces retours en arrière font partie du travail. Un sujet que l’on croyait réglé revient parce qu’on est enfin en état de le regarder de plus près. Ce n’est pas une rechute, c’est un relief.
La bonne échelle de lecture n’est donc pas la séance, ni même le mois. C’est plutôt : où en étais-je il y a six mois, et où en suis-je maintenant. Sur cette échelle-là, les creux se voient pour ce qu’ils sont.
Le moment où l’on se sent moins bien qu’avant
Un point d’étape,
posé et régulier
Pour que cette question ne reste pas dans votre tête sans jamais être posée, je la pose moi-même, à intervalles réguliers, dans une séance entière prévue pour ça.
Ce n’est pas un bilan avec des notes. C’est une séance où l’on arrête de dérouler l’actualité de la semaine pour regarder le chemin. Je vous demande ce qui vous avait amené ici, tel que vous vous en souvenez. Je vous dis ce que j’ai entendu changer depuis le début. Nous regardons si les deux se rejoignent.
Trois questions y reviennent toujours :
Est-ce que quelque chose a bougé ?
Pas forcément ce que vous espériez, pas forcément là où vous regardiez. Simplement : quelque chose est-il différent depuis que nous avons commencé.
Est-ce que ces séances vous servent ?
Vous repartez comment, en général. Est-ce que vous y pensez pendant la semaine. Est-ce qu’il y a des choses que vous ne dites toujours pas ici.
Est-ce que nous travaillons sur la bonne chose ?
Le motif du début n’est pas toujours le vrai sujet. Il arrive qu’on s’en aperçoive au bout de plusieurs mois, et ce n’est pas une perte de temps.
Vous pouvez demander ce point d’étape vous-même, à n’importe quel moment. Le dire ne me vexera pas, et cela ne met fin à rien.
Ce que l’on fait quand
ça n’avance pas
Une thérapie qui n’avance pas n’est pas un échec personnel. C’est une information, et il y a trois choses à en faire.
Ajuster
Souvent, il suffit de changer un réglage. Reprendre un rythme hebdomadaire si nous nous étions espacés, ou l’inverse. Renommer ce sur quoi nous travaillons. Aller vers ce dont vous parlez toujours dans les cinq dernières minutes.
Changer d’approche
Ma façon de travailler s’ajuste à la personne, et elle peut s’ajuster encore. Passer par le corps et par ce qui se joue en séance plutôt que par le récit, ou l’inverse. Cela se décide à deux, et cela s’annonce.
Vous orienter ailleurs
Il arrive que je ne sois pas la bonne personne. Un autre thérapeute, une autre méthode, un psychiatre pour un avis médical. Je vous le dis, et je vous donne des noms. C’est un travail qui fait partie du mien.
Ce dernier point est rarement écrit, et il mérite de l’être. Un thérapeute a un intérêt financier à ce que vous reveniez. Ce n’est pas une raison suffisante pour vous garder. Si rien ne se déplace au bout de plusieurs mois, mon travail est de vous le dire avant que vous ne le pensiez tout seul, et de vous aider à chercher ailleurs.
Une thérapie qui n’avance pas n’est jamais une raison de modifier seul un traitement. Si vous êtes suivi par un médecin, parlez-lui de ce que vous constatez. Je ne prescris rien et je n’interfère avec aucun traitement en cours.
Une question sur la façon dont je travaille, avant même de prendre rendez-vous.
Prendre rendez-vous