Pourquoi on se sent
parfois moins bien
au début
Vous avez commencé il y a trois semaines, et vous vous demandez si vous n’avez pas fait une erreur.
La première séance vous avait fait du bien. Une sorte de soulagement, l’impression d’avoir enfin posé quelque chose. Et puis, quelque part après la deuxième ou la troisième, cela s’est retourné. Vous dormez moins bien. Vous avez pleuré dans la voiture sur le parking, sans savoir exactement pourquoi. Vous êtes à cran chez vous pour des choses minuscules, une remarque, une chaussure au milieu du couloir. Des souvenirs remontent à des moments absurdes, en faisant la vaisselle.
Et la phrase s’est installée : c’était mieux avant de commencer. Vous vous demandez si vous n’avez pas remué quelque chose qu’il valait mieux laisser tranquille. Le prochain rendez-vous est dans quatre jours, il vous coûte de l’argent, et vous cherchez déjà un motif présentable pour l’annuler.
Ce moment existe,
et personne ne prévient
C’est l’une des choses les plus mal expliquées de toute la démarche. On dit aux gens qu’une thérapie fait du bien, on ne leur dit pas que les premières semaines peuvent brasser. Beaucoup s’arrêtent là, en toute logique, parce qu’ils en concluent que cela ne fonctionne pas ou que cela aggrave les choses. Trois mécanismes se croisent, et aucun n’est mystérieux.
Vous avez baissé la garde
Tenir demande une énergie considérable, et vous la fournissiez sans y penser. Dès qu’un lieu existe pour déposer les choses, une partie de cette tension se relâche. Ce qu’elle retenait remonte, et vous le sentez.
Nommer rend visible
Tant qu’une chose n’a pas de mot, on peut la contourner. Une fois nommée en séance, elle se voit partout pendant quelques semaines, dans des situations où vous ne l’aviez jamais remarquée. Ce n’est pas elle qui augmente, c’est votre attention.
Vous êtes entre deux
Vos façons de vous protéger, éviter, minimiser, vous occuper sans arrêt, marchent moins bien depuis que vous les avez repérées. Et la nouvelle façon n’est pas encore installée. Cet entre-deux est inconfortable, et il est temporaire.
S’ajoute une fatigue plus simple, physique. Cinquante-cinq minutes d’attention soutenue sur des sujets difficiles épuisent, et beaucoup de personnes le remarquent le soir même. Ce n’est pas un signe d’échec, c’est le prix d’un effort réel.
Il faut être honnête sur un point : ce contrecoup n’est pas la preuve que la thérapie fonctionne. On l’entend parfois dit comme cela, et c’est un raccourci commode qui peut servir à retenir les gens. Ce n’est pas non plus la preuve qu’elle échoue. C’est une information, la plus utile de tout le début, et sa place est en séance.
Ce moment n’est pas un obstacle sur le chemin. C’est le chemin, à un endroit où il monte.
Si ce moment vous arrive, la séance à ne pas annuler est la suivante.
Prendre rendez-vousCe que vous pouvez
faire par vous-même
1. Le dire, et le dire en premier
C’est la seule chose vraiment importante. Beaucoup de personnes attendent la fin de la séance pour glisser qu’elles vont moins bien, quand il ne reste plus de temps pour en faire quelque chose. Préparez-le à l’avance.
Vous écrivez une phrase
Une seule, sur le téléphone : « depuis la deuxième séance, je dors mal et je suis irritable ». Des faits, pas une analyse. Vous n’avez pas à comprendre ce qui vous arrive pour en parler.
Vous notez sans interpréter
Trois lignes maximum par jour, sur ce qui remonte et à quel moment. L’objectif n’est pas de tenir un journal, mais d’arriver avec des exemples précis plutôt qu’un ressenti flou.
Vous commencez par là
Dès les premières minutes, avant tout le reste. Cela change la séance entière, et souvent la suite du travail. Un praticien à qui vous dites cela ne le prend pas mal, c’est exactement ce qu’il a besoin d’entendre.
2. Protéger les deux heures qui suivent la séance
Ne prévoyez rien d’exigeant juste après. Pas de réunion, pas de rendez-vous administratif, pas de conversation difficile. Si vous le pouvez, marchez un quart d’heure avant de reprendre votre journée, ou restez assis dans un café le temps que les choses retombent. Ce simple aménagement supprime une bonne partie de ce que les gens attribuent à la thérapie elle-même.
3. Reporter les décisions lourdes
Pendant cette période, la lucidité est vive et l’humeur est instable, ce qui est une combinaison trompeuse. On voit soudain très clairement ce qui ne va pas dans son couple, son travail, sa famille. Cela ne veut pas dire que le moment est bon pour trancher. Notez la décision, donnez-lui quelques semaines, et parlez-en en séance avant d’agir. Ce qui est vrai le restera.
Quand ce n’est plus
un simple contrecoup
Ce passage doit rester limité dans le temps et compatible avec votre vie. Certains signes demandent autre chose qu’un peu de patience.
- Cela dure plusieurs semaines sans aucune accalmie, et vous n’arrivez plus à assurer votre travail ou votre quotidien.
- Le sommeil s’est effondré, l’appétit a nettement changé, ou vous vous mettez à boire davantage pour tenir le soir.
- Des idées noires apparaissent, même fugaces, même sans intention.
Dans ces cas, parlez-en à votre médecin traitant sans attendre la prochaine séance. Il peut évaluer votre état, écarter une cause médicale, et vous orienter. Le psychiatre est un médecin, seul à pouvoir prescrire un traitement, et une psychothérapie peut se poursuivre en parallèle d’un suivi psychiatrique. Prévenez votre thérapeute de cette démarche, ce n’est ni une trahison ni un échec.
Une dernière situation n’a rien à voir avec le contrecoup : si vous vous sentez jugé, pressé, ou si vous n’osez pas dire que ça va mal, le problème n’est pas le moment, c’est la relation. Cela se dit aussi, et si rien ne bouge, changer de praticien est une décision légitime.
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Trois questions
qui reviennent
Combien de temps ce passage dure-t-il ?
Faut-il faire une pause dans la thérapie ?
Est-ce que cela arrive à tout le monde ?
Clara Bonnefoy, psychothérapeute à Montpellier. Numéro au registre national : à compléter.
Publié le 25 août 2026. Mis à jour le 25 août 2026.