Faut-il dire à ses proches que l’on consulte ?
La réponse courte tient en une phrase : vous n’avez rien à dire à personne. La réponse longue mérite d’être lue, parce que la question ne se pose jamais dans le vide.
Vous rangez le rendez-vous
sous un autre nom
Dans votre agenda partagé, la séance s’appelle « médecin ». Au bureau, vous avez posé une heure sans expliquer pourquoi. Quand votre mère demande ce que vous faites le mardi soir, vous répondez « du sport », et vous vous en voulez un peu.
Ce n’est pas de la honte, pas exactement. C’est la crainte de ce qui viendra après la phrase. Le silence à table. Le regard qui change. La sœur qui dira « mais tu n’as pas besoin de ça, tu vas très bien ». L’ami qui trouvera cela à la mode. Le conjoint qui demandera, d’une voix un peu tendue, si vous parlez de lui.
Alors vous gardez la chose pour vous. Et vous vous demandez si ce silence est une prudence légitime ou le début d’un mensonge.
Ne pas en parler n’est pas se cacher. C’est décider soi-même de ce que l’on partage, et à quel moment.
Personne d’autre
n’a à le savoir
Commençons par le point qui ne se discute pas. Consulter relève de votre vie privée. Aucun proche, aucun employeur, aucune administration n’a à connaître le contenu de vos séances, ni même leur existence.
De mon côté, je suis tenue au secret professionnel. Cela veut dire, très concrètement, que je ne confirme rien et que je ne transmets rien. Si votre conjoint m’appelle, je ne lui dis pas si vous êtes ou non ma patiente. Si votre employeur écrit, il n’obtient pas de réponse. La loi prévoit quelques situations rares où un professionnel doit agir pour protéger une personne en danger, et elles ne concernent jamais la curiosité de l’entourage.
Le cadre, le secret et la supervision
Les trois réactions que l’on redoute
La première est l’inquiétude : « il t’arrive quelque chose de grave ? ». Elle part d’une idée fausse, celle qui veut qu’une psychothérapie soit réservée aux situations extrêmes. Vous pouvez répondre simplement : non, je vais à peu près bien, et je préfère m’occuper de ce qui me pèse avant que cela ne s’aggrave.
La deuxième est la minimisation : « mais tu n’as pas besoin de ça ». Elle est rarement méchante. Elle vient souvent de quelqu’un qui aurait peur d’y aller lui-même, ou qui entend, dans votre démarche, que sa présence à lui n’a pas suffi. Vous n’êtes pas obligé de le convaincre. Une phrase suffit : ce n’est pas contre toi, c’est pour moi, et j’aimerais que tu me laisses le faire.
La troisième est la curiosité : « et qu’est-ce que tu lui racontes ? ». Vous pouvez dire ce que vous voulez, y compris rien. La séance vous appartient, et la raconter n’en fait pas une meilleure séance.
Le cas du conjoint
C’est le cas le plus délicat, parce que la vie commune rend le rendez-vous visible. Deux choses différentes se mélangent souvent : le fait que vous consultiez, et ce qui se dit en séance. Le premier point peut se partager sans difficulté. Le second n’a pas à l’être.
Quand un conjoint s’inquiète, c’est fréquemment pour trois raisons : il craint d’être jugé à travers vous, il redoute que la thérapie mène à une séparation, ou il se sent mis à l’écart. Nommer ces craintes désamorce beaucoup. Vous pouvez aussi poser une limite claire : je te dirai que j’y vais, je ne te ferai pas le compte rendu.
Le cas de l’employeur
Là, la réponse est nette. Une séance de psychothérapie n’a pas à être justifiée auprès d’un employeur. Vous n’avez pas à indiquer le motif d’un rendez-vous personnel, et je ne délivre aucune attestation destinée à un service des ressources humaines. Si votre état de santé nécessite un arrêt de travail, cela relève de votre médecin, pas de moi.
Un premier appel de dix minutes, sans frais, avant de décider quoi que ce soit.
Prendre rendez-vousDécider, dans l’ordre,
et sans se presser
Il n’y a pas de bonne réponse valable pour tout le monde. Il y a une suite de petites décisions, et elles peuvent se prendre l’une après l’autre.
Ne prévenez que si vous en avez envie
Beaucoup de personnes annoncent leur démarche avant même d’avoir essayé, et se retrouvent à la défendre alors qu’elles n’en savent rien encore. Vous pouvez commencer, puis voir.
Choisissez une seule personne, si vous voulez en parler
Une amie, un frère, quelqu’un dont vous savez qu’il ne commentera pas.
Préparez une phrase courte
« Je vois quelqu’un en ce moment, cela me fait du bien, et je n’ai pas envie d’en parler davantage. »
Distinguez ce qui vous appartient
Vous pouvez partager ce que la thérapie vous fait comprendre, sans raconter les séances. C’est souvent la bonne frontière : les effets se disent, le contenu reste au cabinet.
Rapportez la scène en séance
Une remarque blessante, une insistance, une moquerie répétée : cela se travaille. La façon dont votre entourage réagit à votre démarche dit souvent quelque chose de vos liens, et c’est un très bon matériau.
Quand le silence
devient un poids
Garder sa thérapie pour soi est un choix. Devoir la cacher en permanence en est un autre. Si chaque rendez-vous demande une excuse, un détour, un mensonge à tenir, la fatigue s’ajoute au reste, et cela vaut la peine d’en parler en séance.
Si l’entourage tourne à la surveillance, si l’on vous demande des comptes sur vos déplacements, si l’on vous interdit de consulter, la question dépasse le sujet de cet article. Un contrôle de ce type se regarde de près, et il existe des services d’écoute et d’aide aux victimes, joignables sans donner son identité.
Enfin, si votre entourage s’inquiète pour vous et que vous ne savez pas quoi lui dire, votre médecin traitant peut être un point d’appui utile. Je ne suis pas médecin : je ne pose aucun diagnostic et je ne modifie aucun traitement.
Ce site n’est pas un service d’urgence. En cas de détresse immédiate, ou si vous pensez à mettre fin à vos jours, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, ou le 15.
Trois questions
qui reviennent souvent
Mon conjoint peut-il vous appeler pour savoir ce que je dis ?
Dois-je prévenir mon employeur ou ma mutuelle ?
Que répondre à « tu n’as pas besoin de ça » ?
Clara Bonnefoy, psychothérapeute à Montpellier
Psychothérapie intégrative pour adultes, au cabinet situé au 14 rue de la Providence, 34000 Montpellier. Titre de psychothérapeute, inscrite au registre national des psychothérapeutes sous le numéro à compléter. Je ne suis pas médecin : je ne pose pas de diagnostic et je ne prescris aucun traitement.
En cas de détresse immédiate, ce site ne remplace personne : appelez le 3114 ou le 15.