À quoi reconnaît-on qu’une thérapie touche à sa fin ?
La fin ne s’annonce presque jamais par une décision. Elle se remarque, plusieurs semaines après avoir commencé. Encore faut-il savoir à quoi la reconnaître.
Vous vous surprenez
à penser à autre chose
Le mardi soir, vous montez toujours l’escalier. Mais depuis quelque temps, quelque chose a changé. Vous n’arrivez plus avec une urgence à poser. Vous racontez ce que vous avez fait, plus souvent que ce que vous avez subi. Il vous arrive de rire en séance.
La semaine dernière, votre mère a dit exactement la phrase qui vous mettait à terre pendant des années. Vous l’avez entendue, cela vous a agacé une heure, puis vous êtes passé à autre chose. Vous n’aviez même pas pensé à en parler.
Et puis il y a cette pensée, que vous n’osez pas formuler : je crois que je n’en ai plus besoin. Elle arrive avec une gêne, comme si vous alliez me quitter. Vous vous demandez si c’est un progrès ou une fuite, et vous préférez ne rien dire, encore un peu.
Cette gêne à dire « je crois que c’est bientôt fini » fait partie du sujet, et c’est précisément par elle que la fin commence à se travailler.
Ce qui change,
quand cela touche à sa fin
Aucun signe ne suffit à lui seul, et aucun n’arrive un jour précis. C’est leur accumulation, sur plusieurs semaines, qui indique quelque chose.
Ce qui vous amenait a perdu de sa force. Le motif du début n’a pas disparu, il a cessé de commander. Il revient, vous le reconnaissez, il ne vous emporte plus.
Vous répondez avant moi. Vous voyez venir la question, et vous avez déjà fait le lien vous-même. Le travail s’est déplacé au-dehors, entre les séances.
Vous avez de la place pour autre chose. Vous parlez d’un projet, d’une envie, de quelqu’un. La séance n’est plus entièrement occupée par ce qui fait mal.
L’espacement vient de lui-même. Vous vous apercevez qu’une semaine sans séance ne vous a pas manqué, et l’idée de venir tous les quinze jours vous paraît naturelle.
Vous vous surprenez à raconter la thérapie au passé. « À l’époque où je n’arrivais pas à dire non », par exemple. La phrase dit qu’un avant existe.
La différence avec l’envie de fuir
Il existe une autre envie d’arrêter, et elle ne ressemble pas à celle-là. Elle est pressée. Elle arrive juste après une séance qui a touché quelque chose. Elle s’accompagne d’un motif pratique, l’emploi du temps, l’argent, la fatigue. Elle donne envie d’envoyer un message plutôt que de venir le dire.
Cette envie-là n’est pas une faute, et elle mérite d’être amenée en séance plutôt que suivie tout de suite. Elle signale souvent un moment de travail, pas une fin de travail. Le repère le plus simple tient en une question : est-ce que je pars parce que je vais mieux, ou parce que quelque chose s’est approché de trop près ?
Le cas du plateau
Troisième situation, à ne pas confondre avec les deux autres : plus rien ne bouge depuis longtemps, les séances se ressemblent, vous vous ennuyez. Ce n’est pas une fin réussie, et ce n’est pas non plus une fuite. C’est un signal à poser tel quel, à voix haute. Parfois nous changeons de manière de travailler. Parfois la bonne décision est de vous orienter vers un autre professionnel, et cela se dit sans drame.
Un premier appel de dix minutes, pour savoir si je suis la bonne personne.
Prendre rendez-vousVérifier, avant
de trancher
Rien ne presse. Une fin qui se prépare sur quelques semaines tient mieux qu’une décision prise un mardi soir.
Notez la date, et ce qui l’a précédée
Une séance difficile la semaine d’avant, une facture, une remarque de votre entourage. Savoir d’où vient l’envie d’arrêter en dit long sur sa nature.
Relisez votre point de départ
Rappelez-vous ce qui vous avait décidé à prendre rendez-vous. Reprenez la phrase telle que vous la diriez aujourd’hui. L’écart entre les deux est votre meilleure mesure.
Essayez l’espacement, plutôt que l’arrêt
Passer à une séance tous les quinze jours donne une information que rien d’autre ne donne. Si la distance tient, la fin approche. Si tout revient, ce n’était pas le moment.
Dites-le, même maladroitement
« Je crois que je n’en ai plus besoin » est une phrase que j’entends sans la prendre mal. Elle ouvre le travail de la fin, elle ne le remplace pas.
Gardez la porte en tête
Une thérapie terminée n’est pas une porte fermée. Revenir quelques séances, des mois ou des années plus tard, est fréquent et ne défait rien de ce qui a été fait.
Les fins qui demandent
un peu plus de soin
Certaines fins se préparent en deux ou trois séances, sans difficulté. D’autres méritent plus d’attention, et cela se dit à votre thérapeute avant de fixer une dernière date.
C’est le cas quand la thérapie a duré longtemps, quand elle a accompagné un deuil ou un événement grave, ou quand elle a été le seul lieu où vous parliez. Arrêter enlève alors un appui réel, et il vaut mieux desserrer progressivement que couper net.
Si un traitement médical accompagne votre suivi, sa poursuite ou son arrêt ne se décide qu’avec le médecin qui l’a prescrit. Je ne suis pas médecin, je ne modifie rien à un traitement, et la fin de nos séances ne change en rien le vôtre.
Enfin, si l’idée d’arrêter s’accompagne d’un retour du sommeil abîmé, d’un découragement qui s’installe ou d’un repli, ce n’est probablement pas une fin. C’est un moment à traverser, et il se traverse mieux accompagné.
Ce site n’est pas un service d’urgence. Si vous pensez à mettre fin à vos jours, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable à tout moment, ou le 15.
Trois questions
qui reviennent souvent
Puis-je arrêter du jour au lendemain ?
Comment savoir si j’arrête pour de bonnes raisons ?
Est-ce que je peux revenir plus tard ?
Clara Bonnefoy, psychothérapeute à Montpellier
Psychothérapie intégrative pour adultes, au cabinet situé au 14 rue de la Providence, 34000 Montpellier. Titre de psychothérapeute, inscrite au registre national des psychothérapeutes sous le numéro à compléter. Je ne suis pas médecin : je ne pose pas de diagnostic et je ne prescris aucun traitement.
En cas de détresse immédiate, ce site ne remplace personne : appelez le 3114 ou le 15.