Quand ça remue,
et qu’on veut arrêter.
Il arrive un moment où l’on se sent moins bien qu’avant d’avoir commencé. C’est le moment où l’on arrête le plus souvent, et presque personne ne prévient qu’il existe.
On repart d’une séance avec l’impression d’avoir remué quelque chose. La nuit suivante est mauvaise. La semaine est irritable. Et l’on se dit que la thérapie fait plus de mal que de bien.
Beaucoup de gens s’arrêtent là. Ils annulent le rendez-vous suivant, puis celui d’après, et ils n’y reviennent pas. La plupart en concluent que la psychothérapie ne fonctionne pas pour eux.
C’est dommage, parce que ce passage est l’un des plus courants du parcours, et parce qu’il a une fin. Cette page existe pour que vous le sachiez avant d’y être, ou pour que vous la lisiez si vous y êtes déjà.
Ce que l’on ressent
à ce moment-là
Cela ne prend pas la même forme chez tout le monde. Les descriptions qui reviennent le plus souvent sont celles-ci.
Le sommeil se dérègle. On met plus de temps à s’endormir, on se réveille au milieu de la nuit, on rêve davantage et les rêves sont plus vifs qu’à l’ordinaire.
L’humeur devient courte. On est irritable avec ses proches pour des détails, on pleure pour une phrase entendue à la radio, on se sent à vif du matin au soir.
La fatigue s’installe. Parler d’un sujet difficile pendant cinquante-cinq minutes coûte de l’énergie, et cela se paie parfois le lendemain.
Des choses remontent en dehors des séances. Un souvenir qui revient en conduisant, une émotion qui arrive dans une file d’attente sans prévenir. C’est déroutant, surtout après des années passées à ne pas y penser.
Et il y a le doute, qui accompagne tout le reste. Est-ce que je ne suis pas en train de me faire du mal en allant remuer tout cela.
Pourquoi cela arrive
Il n’existe pas d’explication simple à ce phénomène, et je ne vais pas en fabriquer une pour la beauté du texte. Ce que l’on constate est plus modeste, et cela suffit.
Pendant des mois ou des années, vous avez rangé certaines choses pour pouvoir continuer à vivre. Ce rangement vous coûtait de l’énergie, mais il tenait. En thérapie, vous ouvrez ce placard, et vous le faites volontairement.
Le premier effet d’une ouverture, ce n’est pas l’ordre, c’est le désordre. Ce qui était rangé se retrouve posé au milieu de la pièce. C’est plus visible, c’est plus encombrant, et c’est précisément pour cela que l’on peut enfin s’en occuper.
Le ranger autrement demande du temps. Pendant ce temps, on se sent moins bien. Ce n’est pas le signe que quelque chose s’aggrave, c’est le signe que quelque chose a bougé.
Se sentir moins bien après avoir ouvert un sujet difficile n’est pas la preuve que la thérapie échoue.
Ce passage n’est pas un état dans lequel on s’installe. Il se dénoue à mesure que ce qui a été ouvert trouve une autre place. Je ne vous promets aucun résultat, personne ne peut le faire honnêtement. Je vous dis seulement que ce moment fait partie du chemin, et qu’il ne dure pas indéfiniment.
Quatre choses qui aident,
et une qui n’aide pas
Celle qui n’aide pas, c’est d’annuler la séance suivante. C’est pourtant le premier réflexe de presque tout le monde.
En parler en séance
Venez, et dites-le dans les premières minutes : depuis la dernière fois, je vais moins bien. Cela change la séance. Nous ralentissons, nous revenons sur ce qui a été touché, et nous ajustons le rythme. Une séance sert aussi à cela, et même surtout à cela.
Ne pas décider maintenant
Pendant ces semaines, tout paraît plus urgent et plus tranché qu’il ne l’est. Ce n’est pas le moment de quitter votre emploi, de mettre fin à une relation, de déménager ou de couper les ponts. Ces décisions seront encore possibles dans un mois. Laissez-leur ce délai.
Alléger les semaines
Protégez votre sommeil, marchez, réduisez l’alcool qui dégrade les nuits, prévenez un proche que vous traversez une période remuante. Ce ne sont pas des remèdes, ce sont des appuis. Ils tiennent le temps que le reste se remette en place.
Ne pas partir en silence
Vous avez le droit d’arrêter à tout moment, et je ne chercherai pas à vous retenir. Je vous demande une seule chose : le dire une fois, en séance ou au téléphone, plutôt que de disparaître. Si vous voulez toujours arrêter après cette conversation, nous nous arrêterons.
Ce qui n’est pas ce passage,
et qui doit alerter
Tout ce qui précède décrit un passage difficile, pas une aggravation. La distinction compte, et elle n’est pas toujours facile à faire seul. Trois signes ne relèvent pas de ce passage et demandent autre chose qu’une prochaine séance.
- Des idées noires. Penser à mourir, se dire que ce serait plus simple de ne plus être là, ou imaginer comment s’y prendre.
- Ne plus pouvoir fonctionner. Ne plus vous lever, ne plus aller travailler plusieurs jours de suite, ne plus vous alimenter, ne plus prendre soin de vous.
- Une aggravation qui dure et qui s’accentue, semaine après semaine, sans aucun moment de répit.
Dans ces situations, parlez-en à votre médecin traitant. C’est la bonne porte d’entrée, et il peut évaluer ce que je ne suis pas habilitée à évaluer. Dites-le moi également, en séance ou au téléphone, pour que nous adaptions le travail.
Si des idées noires sont présentes, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Il répond à toute heure du jour et de la nuit, sans frais, et il est tenu par des professionnels de santé. En cas d’urgence vitale, appelez le 15. Ce site n’est pas un service d’urgence.
Si vous suivez un traitement, ne le modifiez pas de votre côté à cause de ce que vous ressentez en ce moment. C’est votre médecin qui décide de vos médicaments, pas votre thérapeute.
Avant, et après
Si vous traversez ce moment, une séance vaut mieux qu’une annulation.
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